Accessibilité passage piéton malvoyant

Piéton malvoyant

Accessibilité passage piéton malvoyant

La traversée de chaussée est un maillon essentiel de la continuité de la chaîne du déplacement. Cette étape clé du déplacement d’un piéton est particulièrement difficile à négocier pour une personne aveugle ou malvoyante qui doit pouvoir être alertée du danger, comprendre la configuration des lieux, prendre sa décision et finalement accomplir la traversée de chaussée dans les meilleures conditions. La complexité de cette tâche est considérablement accrue dès lors que la configuration du passage piéton sort du cas général, comme c’est le cas des traversées aménagées en biais ou en arrondis de trottoirs. Les repères habituellement trouvés par les déficients visuels sont inopérants, et ces derniers peuvent alors éprouver des difficultés à trouver l’axe de la traversée et donc la direction à suivre pour rejoindre l’autre côté. L’arrêté du 15 janvier 2007 pris en application de la loi Handicap du 11 février 2005 stipule : « Un contraste tactile appliqué sur la chaussée ou le marquage, ou tout autre dispositif assurant la même efficacité, permet de se situer sur les passages pour piétons ou d’en détecter les limites. » L’arrêté ne précise cependant pas la forme exacte que devra revêtir ce dispositif, aussi plusieurs collectivités, des industriels et des associations de la Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes (CFPSAA) ont cherché des solutions destinées à fournir une information détectable au pied ou à la canne. Dans un rapport d’études publié en 2009, le Certu a présenté les dispositifs pour lesquels il a pu recueillir des bilans d’usage. Il concluait que peu de dispositifs donnaient entière satisfaction ou avaient été évalués dans des conditions suffisamment fondées. L’objet de cette fiche est de faire le point sur les dispositifs pour lesquels des évaluations et retours d’expériences permettent d’attester de leur efficacité sans qu’ils induisent de nuisances pour les riverains et pour les autres usagers de la route. Les services techniques des collectivités devraient ainsi pouvoir éviter des choix inadaptés, selon les configurations et conditions de trafic des voiries à équiper. Les besoins de sécurité : Dans le cas général, les aménagements caractérisant les traversées de chaussée, conformes à la réglementation, suffisent à l’ensemble des usagers pour percevoir et identifier ces dernières : – Les abaissés de trottoirs et la présence des bandes d’éveil de vigilance normalisées permettent aux personnes aveugles et malvoyantes d’identifier les traversées aménagées pour les piétons, – Le marquage des passages piétons permet à la plupart des personnes malvoyantes ainsi qu’aux chiens-guides d’aveugles qui sont éduqués pour cela, d’identifier la traversée piétonne. Il est pour cela néanmoins nécessaire que le marquage soit suffisamment contrasté par rapport à la chaussée, l’arrêté relatif à l’accessibilité de la voirie précisant d’ailleurs la valeur de contraste minimum à garantir à l’état neuf et à maintenir dans le temps. Cependant, dans les cas de trottoirs en arrondi ou de traversées obliques ou encore lorsque la largeur de la chaussée à traverser est importante, les personnes aveugles peuvent dévier de leur trajectoire et se retrouver en situation de danger, dans la diagonale du carrefour ou sur la chaussée. Il convient alors de compléter l’aménagement de la traversée par un dispositif leur apportant une aide pour traverser en toute sécurité.

Les solutions recherchées reposent généralement sur plusieurs principes, en accord avec l’arrêté cité précédemment : – Le dispositif s’attache à aider la personne à suivre une direction . On parlera alors de dispositif de guidage  lorsque celui-ci propose un repère continu «fil d’Ariane» à suivre tout au long de la traversée ou de dispositif d’aide à l’orientation lorsque le dispositif est situé sur l’abaissé de trottoir et ne donne qu’une information portant sur l’axe de la traversée ;

Dispositif de guidage

Dispositif de guidage

Accessibilité passage piéton malvoyant

Dispositif d’aide à l’orientation

Dispositif d’aide à l’orientation

Accessibilité passage piéton malvoyant

- Le dispositif est conçu pour aider la personne à identifier l’emprise de la traversée piétonne, que la différenciation porte sur la surface de la traversée ou uniquement sur ses limites avec la chaussée.

Dispositif de repérage des limites

Dispositif de repérage des limites

Accessibilité passage piéton malvoyant

L’évaluation de dispositifs et les retours d’expériences : Plusieurs collectivités ont cherché des solutions, suite à la demande d’associations locales et pour satisfaire aux obligations réglementaires de 2007. L’évaluation de ces expérimentations est rendue délicate à la fois par la diversité des situations rencontrées (configuration, conditions de trafic…) et par les différences individuelles dans l’exploitation des mouvements et vibrations transmis par la canne d’aveugle et dans la sensibilité podo-tactile ou manuelle. Aussi, afin d’en tirer des résultats significatifs, le Certu a proposé un protocole cadre, élaboré en partenariat avec des instructeurs de locomotion et validé au sein d’un groupe de travail réunissant des services techniques de collectivités, des représentants de la CFPSAA et des professionnels de la locomotion. De plus, le retour d’usage permet également de valider des solutions à condition qu’il soit fait sur une durée assez longue pour garantir que les utilisateurs en sont satisfaits. Enfin, certaines expériences ou évaluations ont pu faire l’objet d’analyse de la durabilité et/ou de nuisances potentielles. Cette fiche présente les dispositifs qui ont donné des résultats positifs, en les résumant de façon à orienter les choix des collectivités, maîtres d’oeuvre et bureaux d’études. Le guidage sur le passage piéton : Ce principe repose sur la mise en oeuvre d’un « fil d’Ariane » tout au long de la traversée de chaussée. Ce dispositif peut être constitué par une bande en résine gravillonnée ou en caoutchouc moulé avec nervures, et la bande peut éventuellement être doublée (avec une largeur d’entraxe variable selon les cas) pour en faciliter la détection et le suivi. Les bandes peuvent être positionnées dans l’axe de la traversée ou bien en décalé par exemple pour rapprocher la personne malvoyante du répétiteur de feu. Les illustrations suivantes montrent quelques exemples de dispositifs expérimentés par plusieurs villes, selon ce principe de guidage.

Villes de Caen et Paris : 2 bandes de caoutchouc moulé comportant 3 nervures.

Villes de Caen et Paris : 2 bandes de caoutchouc moulé comportant 3 nervures.

Ville de Montpellier : 1 bande de caoutchouc moulé comportant 3 nervures, décalée par rapport à l’axe de la traversée.

Ville de Montpellier : 1 bande de caoutchouc moulé comportant 3 nervures, décalée par rapport à l’axe de la traversée.

Communauté Urbaine de Lille Métropole : 1 bande de résine collée (phase de test en cours).

Communauté Urbaine de Lille Métropole : 1 bande de résine collée (phase de test en cours).

Ces dispositifs ont, dans l’ensemble, montré un certain nombre d’inconvénients : • Le dispositif, mis en œuvre sur la chaussée, est particulièrement exposé aux contraintes dues au trafic. La durée de vie s’en trouve donc limitée, que ce soit dû à des dégradations (arrachement, décollement…) ou à une usure accélérée ; • Le franchissement du dispositif par les véhicules génère des nuisances sonores. De plus, selon le type de bandes, des problèmes de glissance peuvent également être constatés, notamment pour les deux-roues ; • L’obligation de préserver l’intégrité du marquage blanc réglementaire rend la mise en oeuvre délicate. Ainsi, les exemples de Paris et Caen, où les bandes de couleur noire ne sont implantées que sur la chaussée entre les marquages, ne permettent pas d’assurer la continuité du guidage et ne sont pas jugés satisfaisants par les PAM ; • Enfin, détecter et suivre ce type de dispositif mobilise un effort de concentration de la part des PAM, ce qui diminue l’attention portée au trafic environnant et nuit à la sécurité du déplacement. L’avantage de ce type de dispositifs est sa mise en oeuvre rapide et peu coûteuse grâce à des matériaux couramment utilisés sur chaussée. L’exemple de Beauvais : Les cheminements des personnes aveugles et malvoyantes • Le dispositif choisi est une bande de résine collée, de couleur blanche. Il a fait l’objet d’une évaluation, en concertation avec plusieurs associations locales de personnes aveugles et malvoyantes; • La couleur blanche préserve le marquage réglementaire du passage piéton et n’en perturbe donc pas la perception par les chiens-guides. De plus, les malvoyants l’ont jugé efficace, le contraste notamment leur permettant un bon guidage; • Les non-voyants ont cependant exprimé des réserves quant au repérage de la localisation de la bande, aussi celle-ci devrait être prolongée sur le trottoir pour constituer un signal d’interception; • Enfin, un problème de tenue dans le temps a été constaté, le dispositif perdant en rugosité à cause de l’usure due au trafic. Les dispositifs d’aide à l’orientation : Il s’agit de dispositifs mis en oeuvre sur le trottoir et constituant un signal d’interception, dont le principe est de «capter» la personne aveugle ou malvoyante lors de son cheminement sur le trottoir, et ainsi de l’informer de la présence d’une traversée, et de la diriger vers cette traversée. Il peut s’agir d’un changement de revêtement du trottoir (travail en surface) ou d’un dispositif plutôt linéaire qui, positionné dans le prolongement de la traversée, pourra même en donner l’orientation.

Ville de Caen : 1 bande de caoutchouc moulé comportant 3 nervures, bordée de 2x2 nervures de résine collée.

Ville de Caen : 1 bande de caoutchouc moulé comportant 3 nervures, bordée de 2×2 nervures de résine collée.

Ville de Barcelone : 1 bande nervurée large.

Ville de Barcelone : 1 bande nervurée large.

Communauté urbaine de Lille métropole : 2 bandes de résines de 15 cm de largeur, espacées de 30 cm (phase de test en cours).

Communauté urbaine de Lille métropole : 2 bandes de résines de 15cm de largeur, espacées de 30 cm (phase de test en cours).

Ville de Nancy : 2 bandes de caoutchouc moulé, comportant 3 nervures.

Ville de Nancy : 2 bandes de caoutchouc moulé, comportant 3 nervures.

Accessibilité passage piéton malvoyant

Ces dispositifs ne peuvent se suffire à eux-mêmes car ils ne sont pas continus et n’apportent donc qu’une information partielle au départ de la traversée, ne permettant pas à une personne aveugle ou malvoyante de corriger sa trajectoire au cours de sa traversée. Ils constituent cependant un complément à un système permettant un guidage sur le passage piéton ou à un marquage des limites de la traversée, principalement en cas de trottoir large. L’implantation de tels dispositifs tend à se généraliser dans les pays comme la Belgique, l’Espagne, la Suisse et le Japon. Ils comportent des nervures de 0,5 cm de hauteur, sur une longueur d’environ 0,60 m. Le marquage des limites du passage piéton : Comme évoqué précédemment, un des principaux inconvénients des systèmes de guidage sur le passage piéton réside dans l’effort d’attention que nécessitent la détection et le suivi du dispositif, au détriment de l’attention portée au trafic environnant. Le marquage des limites de la traversée tolère un comportement plus souple de la part de la personne aveugle ou malvoyante, qui n’est alertée que dans le cas où elle s’écarterait trop de la trajectoire à suivre. Les limites du passage piéton peuvent être matérialisées par l’ajout d’un dispositif venant encadrer ou border la traversée ou bien par une simple différence de texture/rugosité entre la chaussée et le passage piéton. Les illustrations suivantes montrent quelques exemples de dispositifs expérimentés par plusieurs villes, selon ce principe de marquage des limites de la traversée :

Nantes métropole : modules de 3 ou 5 bandes de résine saupoudrée de granulats, largeur de 3 cm, espacées de 3 cm, pour un relief d’environ 5 mm.

Nantes métropole : modules de 3 ou 5 bandes de résine saupoudrée de granulats, largeur de 3cm, espacées de 3cm, pour un relief d’environ 5mm.

Ville de Caen : bandes de 50 cm de large, le produit de marquage est « scintilligne » noir.

Ville de Caen : bandes de 50cm de large, le produit de marquage est «scintilligne» noir.

Ville de Rennes : bandes de 1m de large, constituées de pavés en granit.

Ville de Rennes : bandes de 1m de large, constituées de pavés en granit.

La solution consistant à marquer les limites de la traversée présente certains inconvénients : • Comme dans le cas du guidage en traversée, le dispositif, mis en oeuvre sur la chaussée, est particulièrement exposé aux contraintes dues au trafic. Ainsi, pour les bandes en résine collée, une usure rapide a pu être constatée. Les pavés peuvent quant à eux se desceller ou se déchausser s’ils sont soumis à un fort trafic de poids lourds ; • Les nuisances sonores sont également un problème qui ne peut être négligé. Des problèmes de glissance peuvent également être constatés, notamment pour les deux-roues ; • De plus, selon le type de matériaux, la mise en oeuvre peut se révéler compliquée et coûteuse, nécessitant par exemple dans le cas des pavés une pose particulièrement soignée, s’accompagnant d’une interruption du trafic relativement longue. Ces solutions présentent cependant le gros avantage de proposer une continuité de guidage très appréciée de la part des personnes aveugles ou malvoyantes. De plus, l’attention de la personne est moins mobilisée que dans le cas d’un « fil d’Ariane » à suivre le long de la traversée, celle-ci s’en trouve donc facilitée et plus sûre. Certaines techniques ou certains matériaux peuvent, à coût plus faible et conditions de mise en oeuvre plus aisées, permettre d’obtenir le même rendu qu’une bande de pavés «classiques», comme l’illustre l’exemple de Rennes. L’exemple de Rennes : La ville de Rennes a généralisé, depuis 1995, la mise en oeuvre de « bandes structurantes » de part et d’autres des traversées de chaussées. Ces bandes répondaient à l’origine à un double objectif de sécurité et de composition urbaine (aspect esthétique), et étaient souvent liées à l’aménagement de zones 30. Les cheminements des personnes aveugles et malvoyantes Les bandes étaient, à l’origine, constituées de bandes de pavés en granit 10x10x10 cm, sur une largeur de 1,00 m de part et d’autre du passage piéton. Les contraintes techniques et sonores de ces aménagements ont progressivement conduit la ville à rechercher des alternatives à la pierre. De plus, la largeur de ces bandes a été ramenée à 0,50 m, à la fois pour des questions de coût et pour répondre aux objectifs de réduction des nuisances sonores. Plusieurs systèmes ont été testés :

Dallettes Ascodal en granit de 12 mm d’épaisseur, engravées sur 7 mm.

Dallettes Ascodal en granit de 12 mm d’épaisseur, engravées sur 7mm.

Procédé Roxem, mortier de ciment de 4 mm d’épaisseur, coulé sur une grille, finition par saupoudrage de granulats.

Procédé Roxem, mortier de ciment de 4 mm d’épaisseur, coulé sur une grille, finition par saupoudrage de granulats.

Pavés de résine.

Pavés de résine.

Les performances de ces différents dispositifs sont variables, tant en terme de bruit que de durabilité ou de détectabilité. Les campagnes de tests réalisées ont permis de mettre en avant la difficulté de concilier les exigences en terme de bruit avec la détectabilité des dispositifs. Ces expérimentations ont également montré que le procédé Roxem ®  semble avoir le mieux satisfait aux attentes des personnes aveugles et malvoyantes. De manière générale, le principe consistant à mettre en oeuvre deux bandes structurantes de chaque côté a été jugé satisfaisant par les déficients visuels. La ville de Rennes souhaite donc généraliser ce principe et cherche une solution mixte «bandes structurantes + guidage». Les cheminements des personnes aveugles et malvoyantes Notons enfin que ce principe peut être décliné aux zones dont la chaussée est déjà pavée (type zone 30 ou zone de rencontre) en «inversant» le contraste : les traversées piétonnes y sont alors encadrées par des bandes réalisées en enrobés lisses. Le cas des traversées piétonnes surélevées : L’expérience a montré que les traversées piétonnes surélevées, souvent aménagées en entrée de zones apaisées (zones 30 ou zones de rencontre), posaient peu de problèmes aux déficients visuels. En effet, les rampants présents de part et d’autre du passage piéton, lorsqu’ils forment une pente de l’ordre de 1/3 à 1/7, sont détectables au pied ou à la canne, et jouent ainsi le rôle de marquage des limites de la traversée. Les cheminements des personnes aveugles et malvoyantes De plus, les éventuels changement de matériau par rapport à la chaussée et à la traversée elle-même peuvent ainsi constituer un contraste visuel et tactile, utile à la détection des limites de la traversée. Les cheminements des personnes aveugles et malvoyantes Le maintien du marquage réglementaire reste cependant nécessaire pour assurer la détection de la traversée par les personnes malvoyantes et les chiens-guides accompagnant les personnes non-voyantes.

source : MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DE L’ÉNERGIE